Politiser la canicule ? Réflexions à vélo


« Il y a urgence à arrêter de subir et à reprendre en main notre destin : lutter contre le changement climatique n’est pas un projet technique mais un projet fondamentalement politique, au sens le plus noble du terme, celui de faire société » : c’est la conclusion de l’interview du climatologue Christophe Cassou ce mardi 22 juin dans Libération. Depuis la veille déjà, son expression « politiser les canicules » me trotte dans la tête. Et sur mon vélo ce matin-là, la brise rafraîchissante met en route mes réflexions. Et je me prends à penser que changer est possible. Changer en grand. Pour le meilleur.

J’avais 2 rendez-vous en ville en ce matin de canicule du mardi 22 juin 2026. J’ai donc pris mon vélo, devenu depuis 2 ans mon quasi-unique moyen de locomotion quotidien. Il était 10h30, il faisait déjà chaud : 27 degrés. Après un bon café à l’ombre dans un jardin public, je me suis remise en route. Prenant de la vitesse en descente, je sentais l’air encore frais sur ma peau et c’était bon. A Brest où je vis ça monte et ça descend tout le temps, donc j’ai opté pour un vélo à assistance électrique et par ces grandes chaleurs c’est salutaire quand, après une descente toute en fraîcheur, il faut remonter la pente. Pas un choix 100 % vertueux en termes d’impact écologique mais quand même loin loin devant la voiture, même électrique, comme le montre cet outil de l’ADEME. Ce vélo me donne un sentiment de liberté que je ne connaissais pas jusqu’alors. Les rares fois où il m’arrive d’être en voiture en ville je me sens souvent prisonnière, coincée dans les embouteillages. Je constate qu’en zone urbaine le vélo est souvent le moyen de transport le plus rapide. Et le moins stressant.

Des tonnes d’empêchements

Je réfléchissais à tout cela sur mon vélo et je me demandais pourquoi nous étions encore peu nombreux à troquer la voiture pour le vélo. J’ai pensé à l’appel lancé le 4 mars 2023 par Jean-Marc Jancovici et Olivier Schneider : un appel à faire du vélo un moyen de transport de masse. Et je me suis dit qu’il y avait des similitudes entre le regard posé par de nombreuses personnes sur le vélo et celui porté sur l’écologie en général. Les deux sont souvent vus comme une sorte de sacrifice, quelque chose que l’on choisit pour être vertueux, pour limiter son empreinte écologique, mais qui implique d’abandonner beaucoup. Quoi ? Pour le vélo, de la rapidité essentiellement. Du confort aussi… notamment quand il pleut ou qu’il fait très chaud. Et puis comment fait-on quand on habite la campagne ? Et quand on est vieux ? Et quand on est jeune ? Et quand on est chargé ? Et puis quand même, on n’est pas très en sécurité dans la circulation, sur un vélo. Et puis, et puis, et puis… Des tonnes d’empêchements.

Mais à y regarder de plus près et surtout à écouter celles et ceux qui pratiquent le vélo au quotidien, de sacrifice point, du plaisir surtout. Et des freins qui n’en sont pas. La pluie ? Je pensais moi-même que je lâcherais le vélo les jours de pluie. Eh bien, rapidement j’ai enfourché ma monture qu’il pleuve ou même qu’il vente… et à Brest il vente ! Mais une fois bien équipé, on peut tout affronter ou presque à vélo. Bon j’avoue avoir abandonné sur chute un jour de verglas. Mais je préfère mille fois un quart d’heure à vélo sous la pluie à 40 minutes de bus au sec avec en prime la crainte d’arriver en retard. Quant à la voiture sous la pluie, je trouve ça pénible. Bien sûr, à vélo il faut adapter son allure aux conditions météo et ralentir pour ne pas glisser. Et pour les autres freins ? La plupart du temps la réponse tient en ces quelques mots : si le monde était configuré pour le vélo, tout pourrait être simple.

La politique, c’est du pouvoir d’agir et de la joie

Et c’est là le nœud : pour le vélo comme pour l’écologie. Le vélo comme l’écologie en général n’est pas seulement une affaire individuelle. C’est une histoire collective et donc politique. Si nous choisissions démocratiquement de faire de nos villes et de nos campagnes des endroits faits pour se déplacer à vélo et qu’en découle la mise en place de politiques publiques adaptées, se déplacer à vélo pourrait devenir un choix bien plus accessible à tous. Mais pour l’instant, nos villes restent configurées essentiellement pour la voiture. Or cette configuration n’a pas existé de toute éternité et elle n’est pas la seule possible. Elle est le fruit d’un choix politique et donc collectif, même si pour nombre de nos grand-parents ce choix n’a pas été conscientisé. Alors puisqu’à une époque nous avons (pas nous directement mais nos ancêtres) choisi de tout organiser pour la voire, eh bien aujourd’hui nous pourrions choisir de tout organiser pour le vélo et les transports en commun. Et alors, tout le monde laisserait volontiers sa voiture au garage ou déciderait de la vendre. Et quand il serait difficile de faire sans, on utiliserait des voitures partagées, parce que cela aussi serait organisé par la collectivité, dans le cadre de choix démocratiques, mis en œuvre par des politiques publiques enfin à la hauteur de la situation climatique et plus largement environnementale.

Et ça, ça vaut pour le vélo, mais ça vaut pour l’urbanisme, l’architecture, l’énergie, l’eau, la protection de la biodiversité… pour tout en fait. Tout est choix de société, choix collectif. Donc, tout est politique. Et c’est une bonne nouvelle parce que la politique c’est du pouvoir d’agir et c’est de la joie lorsqu’elle se vit de manière vraiment démocratique: parce que l’on construit quelque chose ensemble et que l’on peut en voir, en sentir, en mesurer les effets concrets. Et parce que ça crée des liens. Et ça donne des occasions de célébrer les victoires : pas les petites victoires politiciennes qui ne sevent qu’à flatter les egos, mais de vraies victoires qui rendent la vie meilleure pour toutes et tous. La vie pourrait être une fête. A condition de sortir des fausses évidences que nous vendent ceux qui ont intérêt à ce que rien ne bouge pour conserver le pouvoir et l’argent.


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